Bienvenue sur les Carnets Virtuels !

Voyageurs venus d’ailleurs ou simples curieux,
soyez les bienvenus dans cette modeste demeure.
Vous trouverez en ces lieux
les humbles créations ou les découvertes
d’un arpenteur des rêves.
Vidéos, journaux, récits, jeux, photos…
Voici les témoignages d’un vagabond de l’imaginaire.

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C’était un joli feu d’artifice.

Y’a pas beaucoup de distraction depuis qu’on est tous là à s’faire ouvrir l’bide par l’Engeance. Il arrive qu’les chefs, ceux qui restent derrière un bureau à hurler des ordres à des pauv’ types qui crèvent dans la boue, pour entretenir le moral des troupes, distribuent d’quoi festoyer. Nous, on prend, ça permet d’picoler un peu à l’oeil, d’matter les donzelles et d’penser à autre chose qu’à la mort pendant un p’tit moment. Y’a une ancienne expression qui dit qu’il faut profiter du poisson du jour présent, un truc comme ça. Moi j’aime pas les fruits d’la mer depuis qu’j'ai rencontré les homards de l’espace, mais j’aime bien le jour présent, y’a du steak. C’est d’la viande de phacochère local, ça s’laisse manger. C’qu’est bien avec le steak, c’est l’barbecue. Ca fait ne grosse fumée qui sent la graisse, et ça attirer tous les charognards des environs. Habituellement ils ne s’approchent pas trop des champs de force, mais qui peut résister à un steak… Du coup, c’est doublement la fête. On s’met sur les remparts d’surveillance, l’fusil à l’épaule, et y’a des rabatteurs qui s’chargent de faire partir la fumée vers là où qu’on est. L’gibier tarde pas à arriver.

Maitre chasseur, sur un rempart perché,
Tenait en son gant un bon steak.
Maitre gibier, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
“Grrr !”.
Maitre chasseur, d’un signe codifié,
Donna le signal aux autres mecs.
Le gibier surpris fut sous les filets.
Un seul cri retentit, “Poutrage !”.

C’est là qu’ça a dégénéré. Y’a eu un gros flash dans l’ciel quand j’ai aligné l’gibier, et Pola s’est enraillée. L’champs d’force venait tout juste d’arrêter de grésiller, ce qui n’est jamais une bonne chose. Rien à faire, on venait de se prendre une attaque IEM, et tout l’éléctronique était hors service pour plusieurs minutes. Du haut de mon perchoir, j’étais bien placé pour voir arriver les vaisseaux noirs et rouges. Ils ont débarqué en pleine fête, ça m’a carrément foutu les nerfs. Personne n’était préparé, la plupart des soldats n’étant même pas armurés, ni armés. D’là haut, j’ai vite compris qu’on était mort. J’ai sauté sur l’toit d’la cantine, manquant d’me péter les os, et j’me suis planqué derrière un grand panneau en acier. Fallait que Pola se réveille, et les micromecas réagissent aux impulsions qu’je donnais, sans quoi ça allait mal finir. J’suis resté planqué un moment, et j’pensais à ces idiots en bas qui écoutaient les ordres du gros chef. Défendez la base, résistez, gniagnia… J’rémuse ça par “mourrez”. J’suis resté planqué assez longtemps pour entendre gueuler les potes en bas, entendre les tripes qui tombent dans les flaques se sang, les os se briser sous les poings des Khaels, les chairs se déchirer sous les crocs des hurleurs. Puis ce fût le silence. Pas un seul soldat survivant. Silence. Deux secondes, pas plus. Pola venait tout juste de se réveiller, et les micromecas vibraient sous mes impulsions.

J’suis sorti d’mon trou et j’ai fait mon boulot. C’était un joli feu d’artificier.

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J’suis pas un tueur, faut pas déconner.

J’commence à m’faire un nom dans la section, j’reçois du courrier pour m’féliciter, pour m’encourager à continuer. Ca m’fait marrer tout ces mots collés dans mon armoire au vestiaire, comme si j’étais l’mec l’plus important au monde. J’veux dire, ce journal, c’est un torchon. J’sais moitié par écrire, j’le fait que d’temps en temps, l’soir avant d’me coucher, les soirs où j’me couche. Pour sûr qu’des fois j’préfère passer la nuit avec une donzelle, et ça m’prend du temps, les donzelles. Puis j’écris pas pour l’plaisir, j’veux dire, j’fais pas ça pour la gloire ni la célébritié, mais hé ! A part cramer du homard j’sais faire quoi d’autre ? Que dalle. Alors j’laisse une trace. Sûrement un reste de faux espoir, un vieux sentiment d’immortalité, ou un complexe d’égocentrisme. C’est un pote qui lit beaucoup qui m’l'a dit. Moi j’lis pas, j’ai pas l’temps.

J’ai pas l’temps. Faut que j’nettoie mon pola’ qu’a surchauffé à cause d’un vieux baveux. Ces saloperies crachent presque de l’acide et mon pola’ l’aime pas ça. Il leur rend bien, et les boules de grasses verdâtres, quand elles explosent, j’sais pas si elles pensent à un truc, mais si elles pensent, elles doivent regretter d’être là. Si j’nettoie pas mon pola’ faut qu’je l’utilise. Bah oué, si non à quoi ça sert que j’le nettoie ? Alors je sors, j’prends mon sac et j’y fourgue tout un tas de munitions et presque pas d’vivres. C’est simple, si j’rentre pas c’est que j’suis mort, pas besoin de vivres dans ce cas. Souvent j’suis tout seul, y’a d’moins en moins soldats valides qui trainent, et tous mes potes sont crevés. J’ai plus d’potes, et les sales gueules de homards n’arrêtent pas d’attaquer. Des fois y sont vachement nombreux, et j’me cache dans un trou en attendant que ça s’tasse. Des fois y’a pas de trou alors j’prends mon bardas et j’me casse aussi vite que possible. Mais quand j’ai trop bu, ou quand j’suis inconscient du danger, c’qui arrive aussi faut qu’je l’dise, je fonce dans l’tas et je les crame tous. Et quand j’ai fini, bah j’suis tout seul. Reste mon pola’. Et c’torchon d’journal…

Là j’suis assis au fond d’un trou. J’avais cramé tous les homards d’la zone, alors comme j’méritais un peu de repos, j’me suis allongé un moment contre un arbre. C’est quand il a cassé net en deux et que j’ai reçu les branches sur le coin de la tronche que j’me suis réveillé. D’habitude j’entends v’nir, mais là non, trop crevé sûrement. A être trop crevé j’vais finir par crever justement. Ils ont débarqué en nombre pour reprendre la zone, y’a même ses espèces de gros singes là, ils tapent un peu partout, z’ont pas l’air jouasse. J’vois des p’tits bonshommes aussi qui courent partout. Ceux-là, au début on s’méfie pas, puis quand on les connais on fait gaffe. Ils ont d’bons yeux et ils tirent de loin, mais quand on s’approche, un bon coup d’crosse sur la caboche et ils bronchent plus. J’entends des sifflements. C’est bon signe, sauf si ça me tombe dessus. C’est l’artillerie de l’AFS. Ils ont dû capter mon signal radio finalement. Faut qu’j'range mon torchon, j’vais reparler à Pola’.

J’suis pas un tueur, faut pas déconner. J’suis juste un survivant.

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J’ai croisé un thrax dans la base, dans l’bar même, accoudé au comptoir comme s’il était chez lui, l’autre… Ni une, ni heu… deux, j’l'ai tué. Facile.

J’suis arrivé par derrière, alors qu’il était en train d’rire avec l’barman. Ca a fait un grand crac quand ma botte a percuté son dos et qu’la colonne vertébrale a cassé. Comme y bougeait encore un peu, j’ai pris sa tête et j’l'ai cogné contre le sol. Y’avait un truc bizarre chez ce thrax. Déjà, personne l’avait remarqué, ça aurait dû m’interpeller. Ensuite, il était vachement moins gros qu’les autres que j’ai vu avant. Là où j’ai compris vraiment qu’ça clochait, c’est quand tous les gars du bar m’ont sauté dessus pour me plaquer au sol. Sur l’coup j’ai pas eu l’temps réagir, j’ai juste péter quelques gueules à porté d’poing, et un enfoiré m’a assomé. J’me suis dit, ça y est, les homards ont réussi à prendre le contrôle mental des derniers survivants.

Pour sûr qu’j'ai maudit l’monde, ma mère surtout, c’est à cause d’elle qu’j’suis là. Si elle était pas morte en même temps qu’les millions d’couillons d’la Terre, j’crois que je lui collerai une baffe. TDS, même ma mère. A la première seconde où qu’jsuis né, je l’ai détesté. Je me souviens de l’air qui vient décoller les poumons, d’la douleur qui fait mal quand la lumière des néons vient percuter les yeux, de ce toubib qui t’colle la fessé pour qu’tu respires… Hé ducon ! Tu vois pas comme je gueule !? J’respire là, tu peux arrêter ! Mais l’autre il écoute rien, il regarde la maman et il m’file des grandes lattes dans l’derrière. Ensuite ma mère n’a pas voulu me prendre dans ses bras graisseux, elle disait au toubib que j’étais trop laid, qu’elle avait peur, que j’étais pas normal, qu’à force de dérouiller sous les coups du père j’avais dû avoir des blessures dans son ventre… Elle m’voulait pas, quoi. L’toubib lui, il me tenait par les jambes, il me tournait dans tous les sens, il montrait à ma mère mon asticot, en félicitant que j’étais un garçon, que j’étais bien formé, que j’étais fort… Mais elle m’voulait pas. C’pour ça qu’j'ai passé mes premiers jours accroché à une tétine artificielle. Il lui a fallu presqu’une semaine avant d’accepter que j’allais bien, très bien même.

Me voilà en cellule d’isolement, mais j’sors demain. J’suis pas inculpé de meurtre, ni de sabotage, ni de trahison, ni rien. En passant devant la cour martiale, ils ont dit que j’étais trop précieux pour qu’j'finisse dans une cage, et vu qu’j’savais pas, j’suis pas vraiment coupable. Faut dire aussi, si on m’dit pas, comment voulez-vous que j’devinne qu’en quelques mois les scientifiques avaient réussi à créer des bâtards, moitiés humains, moitiés extraterrestres.

Et l’thrax que j’ai tué, c’était pas un thrax, mais un hybride, qu’ils disent. J’me disais aussi, c’était pas normal qu’le barman rigole avec.

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J’reviens en enfer les mecs. J’crois qu’la dernière fois qu’j'ai été mort, les docs ont mis un certain temps à r’coller les morceaux. Heureusement, d’après l’infirmière, celle qu’est mignonne, tout est en ordre. Pour sûr qu’j'ai flippé un moment, j’y arrivais pas au début. Le stress. Mais elle a été cool, et comme j’étais l’seul mec entier d’sa boutique, elle a pas fait la fine bouche. En parlant de fine bouche, c’est quand elle s’est mise à genoux devant moi pour m’faire plaisir qu’la porte a pété.

La mignonne et la porte se sont retrouvées toutes les deux encastrées dans l’mur à côté. A quelques centimètres près, j’y perdais l’bout. L’temps de remonter mon pantalon d’une main, d’prendre mon flingue de l’autre, et c’est une demie-douzaine de gros moches qui sont entrés dans la pièce. Deux machins gluants et verts, d’la bave à la gueule, précédaient quatre thrax qu’avaient l’air content d’me trouver là. Enfin, j’suis pas sûr, avec leurs sales gueules on dirait qu’ils sourient tout l’temps. Comme d’hab’ j’ai pas réfléchi, c’est là qu’jsuis efficace, et j’ai tiré sur les deux limaces. Proucht ! Et puis sur les thrax derrière. Praaat ! J’sais pas c’qui m’arrive mais pour sûr qu’j'vise bien aujourd’hui ! Sous l’choc du polarisant incendiaire, un thrax est resté debout, cramé, son armure fondue dans sa peau, c’était fandard. Pour fêter ça, j’ai filer un coup d’crosse dans l’coco et il est tombé directement en cendre. Là j’ai entendu gueuler dehors, et j’ai senti une odeur de danger couler entre mes narines dilatées. J’suis un poète aussi parfois.

C’est là qu’j'ai voulu voir où j’étais, mais y’avait pas d’fenêtre. Juste le cadre de la porte et un couloir là devant. J’ai glissé la tête au dehors, et j’ai vu. Juste après l’couloir, j’pouvais voir dehors. Un faucheur de l’Engeance venait tout juste de faire péter la dernière tourelle, et des p’tits gars de l’AFS couraient dans tous les sens. Visiblement, y’avait personne pour donner des ordres. C’est ça qu’est idiot dans l’armée. Les pauv’ types y savent plus rien faire tout seuls. J’sais pas moi, un faucheur me tire dessus, j’me barre, j’me planque, j’le contourne, j’lui balance une bombe IEM, j’lui colle une grenade sous l’bide, j’le fini au pola’ ! Eux, non. Ils couraient dans tous les sens. L’faucheur y s’est bien marré à les faire fondre un par un, et ensuite j’ai vu son oeil se fixer sur moi. J’me suis barré, j’me suis planqué, j’l'ai contourné, etc. La routine quoi. Une fois le faucheur en miettes et les quelques thrax qui trainaient réduit en bouillie, j’me suis posé sur une caisse pour réfléchir un instant. Pas longtemps vu qu’ça m’fatigue et que ça mène à rien, mais j’me suis rendu compte d’un truc quand même.

Je me suis rendu compte qu’j'étais dans la merde. J’me suis rendu compte que j’étais de nouveau chez moi.

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