
J’ai croisé un thrax dans la base, dans l’bar même, accoudé au comptoir comme s’il était chez lui, l’autre… Ni une, ni heu… deux, j’l'ai tué. Facile.
J’suis arrivé par derrière, alors qu’il était en train d’rire avec l’barman. Ca a fait un grand crac quand ma botte a percuté son dos et qu’la colonne vertébrale a cassé. Comme y bougeait encore un peu, j’ai pris sa tête et j’l'ai cogné contre le sol. Y’avait un truc bizarre chez ce thrax. Déjà, personne l’avait remarqué, ça aurait dû m’interpeller. Ensuite, il était vachement moins gros qu’les autres que j’ai vu avant. Là où j’ai compris vraiment qu’ça clochait, c’est quand tous les gars du bar m’ont sauté dessus pour me plaquer au sol. Sur l’coup j’ai pas eu l’temps réagir, j’ai juste péter quelques gueules à porté d’poing, et un enfoiré m’a assomé. J’me suis dit, ça y est, les homards ont réussi à prendre le contrôle mental des derniers survivants.
Pour sûr qu’j'ai maudit l’monde, ma mère surtout, c’est à cause d’elle qu’j’suis là. Si elle était pas morte en même temps qu’les millions d’couillons d’la Terre, j’crois que je lui collerai une baffe. TDS, même ma mère. A la première seconde où qu’jsuis né, je l’ai détesté. Je me souviens de l’air qui vient décoller les poumons, d’la douleur qui fait mal quand la lumière des néons vient percuter les yeux, de ce toubib qui t’colle la fessé pour qu’tu respires… Hé ducon ! Tu vois pas comme je gueule !? J’respire là, tu peux arrêter ! Mais l’autre il écoute rien, il regarde la maman et il m’file des grandes lattes dans l’derrière. Ensuite ma mère n’a pas voulu me prendre dans ses bras graisseux, elle disait au toubib que j’étais trop laid, qu’elle avait peur, que j’étais pas normal, qu’à force de dérouiller sous les coups du père j’avais dû avoir des blessures dans son ventre… Elle m’voulait pas, quoi. L’toubib lui, il me tenait par les jambes, il me tournait dans tous les sens, il montrait à ma mère mon asticot, en félicitant que j’étais un garçon, que j’étais bien formé, que j’étais fort… Mais elle m’voulait pas. C’pour ça qu’j'ai passé mes premiers jours accroché à une tétine artificielle. Il lui a fallu presqu’une semaine avant d’accepter que j’allais bien, très bien même.
Me voilà en cellule d’isolement, mais j’sors demain. J’suis pas inculpé de meurtre, ni de sabotage, ni de trahison, ni rien. En passant devant la cour martiale, ils ont dit que j’étais trop précieux pour qu’j'finisse dans une cage, et vu qu’j’savais pas, j’suis pas vraiment coupable. Faut dire aussi, si on m’dit pas, comment voulez-vous que j’devinne qu’en quelques mois les scientifiques avaient réussi à créer des bâtards, moitiés humains, moitiés extraterrestres.
Et l’thrax que j’ai tué, c’était pas un thrax, mais un hybride, qu’ils disent. J’me disais aussi, c’était pas normal qu’le barman rigole avec.